golfe de gascogne sous spi

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samedi 22 juillet 2017

reflexion sur notre changement de strategie

Si nous avions continué tout droit dans ce bord de près, nous serions rentrés directement sur la jetée qui limite le grand port de La Corogne. Mais ce qui nous attendais était une tout autre bagarre, celle d'une remontée contre le vent et les courants pour passer le Cap Finistère Espagnol coincé entre la très belle côte assez escarpée avec des falaises de granite et cette fameuse DST interdite pour nous. Dans la nuit très humide mais pas froide, le vent forcit entre 20 et 25 nœuds mais la mer est assez plate comme si la DST formait une digue au large. A nouveau on essaie tout pour faire avancer lasouris mermon contre vents et courants. Dans la journée précédente on avait réalisé qu'au-delà de 13/14 nœuds de vent réel au près, il était préférable de mettre un ris. L'effet est Surprenant : a 14 nœuds, si on met 1 ris, le bateau accélère de 1,5 nœuds ! Pourquoi ! Longues réflexions partagées pour comprendre et l'explication trouvée serait que avec les nouvelles voiles que JP a fait dans l idée d améliorer les performance au près, l'équilibre du bateau est rompu avec une grand-voile trop grande et trop reculée ce qui oblige un rééquilibrage avec la barre qui engendre un fort couple de rappel par la barre qui freine le bateau. Une fois le ris pris, la barre devient presque légère et le bateau est équilibré et il accélère !
Une découverte qu'il faudra sûrement à nouveau reprendre dans le futur pour améliorer le près. En attendant, rassuré de cette découverte nous attaquons cette remontée le couteau entre les dents. Louvoyage entre la côte et la DST sans trop s'approcher de la côte car le vent faiblit fortement à son approche (le vent butte contre la côte). Et la, une deuxième découverte sur le fonctionnement du bateau : en cherchant à faire avancer cette enclume au plus vite au près dans le vent, on réalise que plus on gîte, plus le bateau accélère jusqu'à un niveau de gîte complètement fou. Je dirais environ 60 degrés. Dans ces conditions, la coque ne navigue plus sur le fond mais sur la tranche. Comme cette tranche (le franc bord arrière) est assez haute et quasi rectiligne depuis le mat jusqu'à l'arrière, le bateau est posé sur une surface plane qui navigue très bien et sans résistance. On se retrouve donc quasi debout dans le bateau qui est couché et qui accélère de façon très saine ! Certes la position pour nous n'est pas confortable (si on tombe, on tombe de près de 3 mètres de haut), mais assez rassurante car stable et saine. Si la vitesse est bonne, le résultat sur la route fond n'est quand même pas très bon car notre cap de remontée au vent est mauvais. Le courant y est pour quelque chose mais nos concurrents qui sont bord à bord remontent environ de 15 degrés de mieux avec une vitesse légèrement inférieure à la notre. Peut être que si ces francs bords étaient dessinés avec un angle de 15 20 degrés par rapport à la verticale (au lieu d'être verticaux), cette positions stable au près serait obtenue avec 15 20 degrés de moins de gîte (réflexion pour François, l'architecte du bateau)
Vous l'avez compris, la remontée dans le vent de ce cap Finistère a été difficile, dans une nuit noire et humide et sans une seconde de repos possible.
Lorsque nous sommes à la hauteur de la partie nord-sud de la DST, on cherche à virer le plus près possible de la DST afin de rester le plus à l'extérieur possible en espérant toucher la bascule Nord Ouest rapidement. Pour faire ces virements a quelques 100 mètres de la DST, on utilise 2 GPS avec carte afin d'être certain de ne pas rentrer dans cette zone interdite pour nous.
On le sera plus tard mais ceux qui ont fait le tour de la DST par l'extérieur ont touché cette bascule en début de nuit alors que nous l'aurons finalement qu'en fin d'après midi le lendemain soit près de 20 heures après ! 20 heures à se battre contre le vent puis à attendre le vent pendant que le groupe extérieur avance à fond vers le sud. Certes, ils avaient du chemin supplémentaire à faire pour y arriver et probablement dans peu de vent (ce qui nous a décidé à passer par l'intérieur) mais après cela ne devait être que du bonheur…
Nous sommes des grands cons car les conseils d'un routeur avant le départ nous avait bien prévenu que ce passage intérieur était beaucoup plus risqué à cause du courant et du vent qui tamponne la côte espagnole ce que les modèles de vent ne tiennent pas bien en compte.
Pourquoi avons-nous pris cette décision très importante contraire à son conseil et à notre avis/decision commune de passer par l'extérieur avant de quitter le port de Lorient ?
- Le fichier GRIB (vents) reçu après le passage de la zone de calme montrait une zone sans vent beaucoup plus vaste que 2 jours plus tôt et qui s'étendait assez loin au large couvrant la zone extérieure de la DST. La simulation faite donnait le passage par l'intérieur plus rapide. Je pense donc que la différence de situation météorologique entre le moment du départ et la sortie de la zone de calme méritait que l'on remette en cause ce choix stratégique initial.
- Cette nouvelle donne météo nous faisait rentrer de toutes les façons (les 2 scénarios) dans ce vent de Sud avec une certitude de le garder jusqu'à la sortie des la DST si on passe par l'intérieur et une grande incertitude sur le vent que l'on aura à l'extérieur de la DST. Notre analyse (trop rapide) nous a donc fait changer de stratégie.
- Le manque de confort possible dans le bateau pour s'installer au moins 2 à 3 bonnes heures devant l'ordinateur pour télécharger plusieurs fichiers meteo, les comparer, analyser l'evolution des masses d'air (que nous ne savons pas faire) et re-décider du choix à prendre. Car pendant ce temps on se fait secouer au près dans les conditions que je viens de décrire.
- Pourquoi ne pas avoir pris ce temps lors de la période de calme avant de toucher le vent de sud ? Pour plusieurs raisons dont la principale était volontaire : on s'était dit que tant que l'on est pas sorti de cette zone de calme, on est dans la grande incertitude de savoir quand on va pouvoir reprendre de la vitesse. Donc dans une grande incertitude de l'heure à laquelle on va pouvoir appliquer une stratégie. Cette incertitude peut être de 6 à 12 heures. Donc faire des simulations, certes au calme, avec autant d'incertitudes peut user notre temps et notre argent en communications Iridium très chères. On avait donc clairement décidé d'attendre que nous sortions de cette zone de calme pour faire ce travail. D'autre part, pendant cette zone de calme, nous étions très actifs pour essayer d'en sortir le plus vite possible. Donc l'un de nous était en continu en train de régler le bateau. Nous avons passé cette zone de calme en pleine nuit ce qui n'est pas facile pour faire cette activité de réglage dans une pétole invisible. L'autre essayait de récupérer des 2 jours précédents presque sans sommeil.

Nous avons peut être manqué de lucidité sur cette décision mais il est sur que malgré nos difficultés au près, nous avions le potentiel de nous battre en tête de la course, sachant que nous avons fait sur 2 jours au moins, la meilleure distance en 24h de toute la flotte ce qui restera pour nous une belle performance au vue du niveau des participants.

Ces lignes ont été écrites lors de mon dernier quart de nuit de 2 à 5 heures du matin dans notre dernière nuit en mer alors que JP dort et que la Voie lactée est parfaitement visible car perturbée par aucune lumière à des centaines de km à la ronde et une lune totalement absente.

5 commentaires:

  1. Un petit rappel du code nautique au cas où vous l'auriez oublié. ..

    En rentrant au port, le vert est à tribord, le rouge est à bâbord, le verre de rouge est à ras-bord.

    Sinon les sudistes ont visiblement fait prêter le chrono

    http://www.voilesetvoiliers.com/les-videos/les-sudistes-a-madere/#xtor=EPR-2-[news-22-07-2017]-20170722-[lien]

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  2. Y a du monde sur l'eau mais il y a aussi beaucoup de monde sur le blog
    270 pages vues aujourd'hui samedi avant midi!!
    les gars on est plein derrière vous
    on vous pousse, vous sentez???

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  3. Merci Franck pour toutes ces précisions qui montrent l'intensité de l'effort à bord.
    Et puis faut pas oublier que les 2/3 des équipages Duo ont pris la même décision...
    Alors parlons plutôt d'opportunité qu'ils ont pu saisir pour ceux qui sont passés par le nord et non de grands cons pour ceux passés par l'intérieur de la DST.
    Belle remontée depuis que vous avez du vent.
    Pascal

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  4. C'est probablement que la souris à bu si elle marche mieux sur le coté hip hip.
    Moi je le redis vous allez toujours à donf et à la fin vous accélérez.
    Biz les amigos

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  5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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